Review clash : Amer vs. Halloween 2


Ce week-end, il a l’air de faire beau. C’était le cas toute la semaine, mais il a aussi fait super froid. Putain quel dilemme. J’ai vraiment envie de me faire un film ultra référentiel, et on m’a dit qu’
Amer était sorti. En même temps, je viens de recevoir Halloween 2 de Rob Zombie et le premier était vraiment chouette. Putain… Qu’est-ce que je dois faire ?

La question est délicate, faut le reconnaître, et on ne va pas avoir la prétention de posséder la réponse, mais peut-être qu’on peut un peu vous aiguiller sur qui miser dans cette
battle du week-end d’avant le printemps. À ma droite, Amer, pas un premier film mais une première sortie hors festival pour Hélène Cattet et Bruno Forzani. À ma gauche, la suite du premier Halloween de Rob Zombie réalisé par… Rob Zombie qui, après une exploitation en salle calamiteuse du premier, sort cette fois direct-to-DVD.

Amer
Cinéastes bruxellois, Cattet et Forzani ont déjà fait leurs armes à travers des courts-métrages remarqués par tout l’aréopage du cinéma de genre, plus précisément italien puisque le propos de Cattet et Forzani qu’ils aboutissent plus que jamais dans Amer, c’est de rendre un vibrant hommage au giallo, dont on laissera aux autres le soin de définir. À vrai dire, cette fascination démesurée pour un genre qui, certes à son importance, nous a un peu lassés, voire dégoûtés du truc pour lequel on avait pas spécialement d’affinité à la base, si ce n’est pour les gants et les cagoules.
Ceci dit, prenant un point de vue arty bien différent des cinéastes qui se sont jusque-là auto proclamés enfants de Argento et Fulci, il ne s’agit pas pour les cinéastes de copier à proprement parler le genre mais d’en emprunter certains codes pour construire un film abstrait et impressionniste. Dans ce cadre, l’histoire pseudo emo demeure heureusement anecdotique. Racontée presque exclusivement en focales longues et macro, cette histoire de l’œil illustrée par une bande originale d’emprunt tellement parfaite qu’elle en devient fayotte, touche les sens en surface et guère plus pour quiconque n’aurait pas en amont une sweet tooth pour la déviance italienne. La critique réactionnaire que nous sommes aurait vite fait de dire que ce n’est pas du cinéma alors que les avant-gardistes formatés crieront qu’il s’agit justement bien de l’essence du cinéma : l’œil, la chair, la vie, la mort, tout ça. Balivernes.
Amer est un bel exercice exécuté comme un premier de la classe. Cinéma expérimental ayant dans le fond plus sa place dans une galerie que dans une salle. Néanmoins, on n’a pas encore fait mieux qu’une salle de cinéma pour pouvoir apprécier un bon exercice audiovisuel, et c’est exactement ce qu’est Amer. On aurait donc bien tord de se priver d’aller y voir ce film exclusivement formaliste pour peu qu’on soit prêts à accepter ce principe de la forme exclusive, qui n’a rien de nouveau et a ici le mérite d’être poussé jusqu’au bout sans aucun complexe.


Halloween 2

Après avoir avoué notre dédain du giallo, on n’aura aucun problème à affirmer que le premier Halloween de Rob Zombie nous avait beaucoup plus plu que n’importe quel autre film de la série (considérant le premier Carpenter comme un film mineur et manqué du cinéaste pour lequel on voue par ailleurs la plus grande fan-attitude, allant jusqu’à défendre Ghosts of Mars et Vampires). Mais, à part topless dans Un fauteuil pour deux, on a jamais kiffé Jamie Lee Curtis, et là ça devient tellement perso que je vais passer à la première personne parce que je veux duper aucun lecteur. Le reste de la rédaction est peut-être en train de s’arracher les cheveux en se disant que eux ils adorent Halloween parce qu’en plus, après tout, comment détester un film qui s’appelle La nuit des Masques ? Peu importe. Celui de Carpenter est chiant, celui de Zombie défonçait. Stressant, malfaisant, malsain, perturbant avec son gamin mi-idiot, mi-surdoué, mi-dégueulasse, violent, énervé. Zombie a donné à Halloween, de mon point de vue, ses lettres de noblesse. J’ai regardé le second avant d’aller me coucher. Parce qu’Halloween 2 est un film cauchemardesque. Facile à dire puisque Laurie Strode n’arrête pas d’y faire des cauchemars, mais au-delà de ça, Zombie arrive à accrocher le spectateur qui peine (en tous cas dans mon état de fatigue, impossible) à se détacher du film violent et poisseux qui assaille les sens sans jamais défaillir. Et c’est bien là-dessus que le film de Zombie et celui de Cattet et Forzani se retrouvent. À l’exception de ses séquences familiales un peu kitsch et trop réminiscentes de son travail précédent, le film de Zombie est un hommage presque abstrait, dans ses meilleurs moments, à la culture ricaine du shocker 70’s. Une espèce de concentré de Texas Chainsaw Massacre (un film qui dans sa cohérence et son propos est plus important que n’importe quel giallo) distillé sans subtilité mais avec une efficacité militaire.
Face à cet assaut frontal, qu’importe l’histoire et la narration. Dans Halloween 2 comme dans Amer, seul le sens compte. On pourrait dire du premier qu’il est plus mou que le second, il est aussi plus dans le système. Mais avec ses cadres perpétuellement obstrués et son sentiment d’oppression permanent, il est beaucoup plus pénible que l’autre, tout en étant moins prétentieux.
Virgile Iscan

Score
Amer : 68 %
Halloween 2 : 72 %


Allez voir
Amer, dans deux semaines il ne jouera probablement plus, alors que de toutes manières, vous ne pourrez pas voir Halloween 2 au cinéma. Donc la question ne se pose même pas. Il est chiant et prétentieux, mais c’est une bel exercice.

4 commentaires sur “Review clash : Amer vs. Halloween 2”
  1. DudeNo Gravatar

    Mais enfin… Halloween 2 on pourra pas le voir au cinéma, puisqu’il s’agit d’un direct to video. Il fallait comprendre : allez voir Amer au cinéma, puisqu’Halloween 2 vous le verrez de toutes manières à la télé.

  2. Brutus KhanNo Gravatar

    Bonjour, bonjour, bonjour…

    Dire que le premier halloween de Carpenter est moins bien que le premier halloween de rob zombie… quelle hérésie!

    Remetons donc les films chacun dans leurs contextes! L’un sort en 1978, l’autre en 2007, remake d’un premier film ENORMISSIME et CHOQUANT pour l’époque. A ça il faut rajouter que la musique du nouveau est tout simplement scandaleusement abaissante par rapport au thème principal aux lignes épurées du premier.
    Je ne dis pas que le remake fait par Rob Zonzon est moisi hein! mais pour ceux qui ont eut la chance de grandir avec la « série » halloween comme moi ( j’ai vu le premier à 9 ans sur une TV noir et blanc dans un patelin lugubre et paumé de 20 maisons pour 10 habitants au fin fond de la bourgogne et le lendemain je voyais le premier alien) et depuis aucun film soit-disant d’horreur ou gore ne me fait ni peur ni me choc. Aucun film que j’ai vu, et pourtant j’en ai vu plus d’uns, ne m’a apporté les sensations que j’ais ressenti à l’époque.
    Je complèterais surement ce commentaire plus tard car là je vais aller un film tout différent… Volt -_-’ AU SECOURS!!!!

    Pour info j’ai 24 ans en avril.

  3. ludoNo Gravatar

    Et en projection lors du festival Mauvais Genre à Tours http://www.festivalmauvaisgenre.com/index.php?page=amer

    merci a+

  4. RoubbiNo Gravatar

    Sympa ^^

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