Postview Shadow Complex


Fils spirituel des Space Invaders et fan inconditionnel de Metal Slug, la 2D possède à mon sens un charme indicible et des propriétés de gameplay sans compromis, procurant des sensations de jeu inégalables. Les jeux en 3D ne pourront jamais reproduire la fraîcheur des jeux 2D, dont les maîtres-mots sont : une prise en main instantanée associée à un skill progressif. Les jeux 3D sont trop préoccupés à tenter de soigner leur physique ingrat, au lieu de  chercher à peaufiner l’équilibrage des sensations de jeu. Les jeux 3D sont imprécis, foutent la gerbe, et ‘pis c’est tout !…

C’est ce que j’avais tendance à me dire jusqu’à ce qu’il y ait peu, lors d’une douce soirée estivale qui ne présageait en rien l’arrivée de telles révélations, je me rende à l’évidence : Mario est un imposteur américain, Link ne se tapera jamais la princesse, et Shadow Complex c’est de la bombe.
Le XBLA (pour Xbox Live Arcade) réserve bien des surprises, et il est bon d’aller y fouiller de temps en temps pour dénicher des perles inattendues. Il est vrai que certains titres bénéficient tout de même d’une promotion considérable, comme ce fut le cas pour ceux du Summer of Arcade de 2009 (‘Splosion Man, Trials HD), dont faisait partie Shadow Complex. Néanmoins, si vous êtes simplement passé à côté au moment de sa sortie, que vous venez de faire l’acquisition d’une console estampillée Microsoft, ou encore que vous venez de sortir du fond de votre grotte après une année d’hibernation, cette petite postview est là pour vous rappeler à l’ordre, et tenter de vous faire comprendre pourquoi vous devez aimer Shadow Complex

  • T’as de beaux yeux tu sais…

Ce qui frappe d’emblée, comme un gros uppercut dans le plexus, c’est la beauté graphique du titre. Le studio Chair a incontestablement peaufiné cet aspect pour que le rendu final soit plaisant à l’œil, et ce tout au long de l’aventure, que ce soit au sein du complexe sinueux regorgeant de détails et sachant se renouveler, ou bien dans les quelques passages en extérieur offrant une respiration bucolique bienvenue. Nous n’étions pas habitués à tant de finesse pour un jeu dématérialisé vendu à un prix raisonnable (environ 14 €) ; on sent que le niveau monte d’un cran pour les jeux téléchargeables. Ceux qui suivront devront placer la barre haut s’ils veulent rivaliser avec la claque visuelle qu’est Shadow Complex.

Tous ces effets qui affriolent la rétine sont dûs à une talentueuse utilisation de l’Unreal Engine 3, le moteur permettant d’afficher des décors entièrement modélisés en 3D, alors que le jeu se joue principalement sur un seul plan, en scrolling horizontal (et vertical aussi). “Principalement”, car cette décision de mariage entre la 2D et la 3D n’est pas qu’un simple choix esthétique, et sert intelligemment le jeu dans la pratique. Mais avant d’attaquer ce point primordial qu’est le gameplay et ses ressorts, plantons donc le décor…

  • Quand Metroid rencontre Metal Gear Solid

Avant tout, pour ceux qui tiennent à enrichir l’expérience, sachez que le jeu est tiré de l’univers créé par Orson Scott Card, dans ses nouvelles de science-fiction Empire et Hidden Empire, et que la présente adaptation vidéoludique est sensée établir un lien entre les deux.
En gros : une puissante corporation, aussi secrète que méchante, n’a rien trouvé de mieux que d’enlever votre copine alors que vous randonniez tranquillement au-dessus de leurs locaux enterrés. En bon héros, vous allez devoir partir à sa recherche dans les méandres du Shadow Complex, tout en décimant joyeusement une armée entière de bad-guys masqués, grâce aux multiples fonctionnalités d’une armure en kit, apte à faire passer Robocop pour un hippie…

En outre, s’il est vraisemblable que la trame scénaristique ne casse pas trois pattes à un palmipède, celle-ci se laisse agréablement suivre grâce à une mise en scène bien rythmée, et échappe soigneusement à la malédiction des trois [ãt] : incohérente, étouffante, chiante. Il en est de même pour les dialogues, ni percutants, ni médiocres. Gageons que la volonté des développeurs de mettre en scène un univers prétendument réaliste, les a inéluctablement contraints à construire un minimum ces deux éléments (scénario + dialogues), tandis que les autres jeux téléchargeables sur le XBLA avaient pour habitude de les abréger (voir de simplement les ignorer) afin de souligner d’avantage la singularité de leur gameplay. Mais cela ne signifie pas pour autant que le gameplay de Shadow Complex a été négligé, loin de là, puisqu’il se trouve même être aux petits oignons.

L’introduction nous plonge directement dans une phase d’action où le joueur incarne un personnage éphémère, différent du héros que l’on fera crapahuter tout au long de l’aventure. Cette séquence n’est qu’un appetizer assumé, nous laissant disposer des pleins pouvoirs (ou presque) donnant un aperçu des possibilités de gameplay, liées aux capacités que l’on pourra acquérir (ou pas) au fil de l’exploration.

  • Sneak, shoot & loot

Car oui, Shadow Complex, sous ses airs de side-scroller bourrin, fait avant tout la part belle à l’exploration. Bien sûr, il ne se prive pas de mélanger allègrement les genres : plateforme, action, aventure, infiltration, RPG, shoot’em up… Mais le noyau dur du titre demeure l’exploration, et le déroulement du jeu se fait autour de ce système de power-ups que l’on assemble et qui permettent d’accéder progressivement à de nouvelles zones jusqu’alors inaccessibles. De par cet aspect, Shadow Complex est comparable à des expériences telles que Castlevania ou les premiers Metroid, dans lesquelles le joueur était habitué à revenir sur ses pas pour ouvrir une salle verrouillée qui détient une clé ouvrant une autre porte, etc. Cependant Shadow Complex ne se borne pas à un jeu FedEx uniquement constitué d’allers-retours incessants. Car en effet, si ce n’est qu’une fois tous les objets trouvés que vous aurez accès à l’intégralité de la map, il est aussi possible de foncer dans le tas et de terminer le jeu en moins de trois heures si vous exploitez au mieux tous les raccourcis (un succès Xbox vous met même au défi de terminer l’aventure avec moins de 13 % des objets).

Ajoutons d’ailleurs que vous possédez une lampe torche un peu spéciale et fort utile, puisqu’en plus de proposer de jolis effets d’ombres et de lumières, elle mettra en évidence tout les passages bloqués. Une fois votre lampe braquée sur une porte, une grille d’aération ou un éboulement, ceux-ci prennent une teinte colorée qui correspond au type de munitions requis pour les détruire.
Car notre héros va amasser quantité d’objets et d’upgrades en tous genres, du lance-missile de poche jusqu’au fusil à mousse (si, si), en passant par le grappin et les bottes à réaction… Tous aussi grisants et simples à utiliser les uns que les autres. Si les phases de jeu sont déjà admirablement variées, le fait de posséder un attirail fourni permet en plus de choisir d’aborder une situation de différentes manières, selon votre bon désir.

Ainsi, le rythme de la progression est dictée par l’humeur du joueur, selon que vous désiriez emprunter le moindre conduit d’aération pour contourner l’ennemi ou récupérer un bonus de plus, ou que vous préfériez courir tête baissée au petit bonheur la chance en vidant aveuglément votre chargeur dans chaque nouvelle pièce. On notera que la deuxième « stratégie » sera d’avantage utilisée au fur et à mesure que le joueur amassera de l’équipement, sensation de puissance oblige. On sent vite  revenir l’instinct primal de one-man-army-over-bill qui massacre prestement et s’excuse auprès des familles plus tard.

Malgré toutes ces périlleuses cabrioles, la prise en main se révèle très accessible. On dirige notre McGyver en herbe avec les deux joysticks, l’un pour le déplacement, l’autre pour la visée. Et c’est là que le mélange 2D et 3D prend tout son sens. Car si on ne se déplace que sur un plan, il est possible de tirer (et de se faire tirer dessus) à l’arrière-plan. En pénétrant dans une salle, on prendra donc bien soin de scruter toute la profondeur et les recoins de l’espace. Pour tirer à l’arrière plan, il suffit de pointer le stick droit dans la direction de l’ennemi, et une sorte d’aide à la visée vous oriente en profondeur. Si ce système est parfois capricieux, il est néanmoins fonctionnel, d’autant plus qu’un laser vient souligner votre ligne de mire. Shadow Complex a réussi l’impossible : marier proprement la 2D et la 3D pour faire naître de nouveaux mécanismes de gameplay.

Je me dois de conclure où l’on va finir par croire que l’éditeur me soudoie. Pourtant, j’aurais encore pu vous parler des phases de corps à corps jouissives, du système de level-up qui s’adapte au niveau de difficulté et rythme davantage la progression, des 21 épreuves (sorte d’entrainement) défiants les accros du temps contre la montre, ou encore des séquences sous-marines qui peuvent être un véritable calvaire dans d’autres jeux, et qui sont ici très bien amenées et pertinentes…
Quoiqu’il en soit, trop de mots n’égaleront pas l’expérience pad en main. Et pour clore je dirai que Shadow Complex ne révolutionne en rien le jeu vidéo, et là n’est pas son but. Il exploite magistralement de bonnes idées, mélange les codes et les genres, sans perdre de vue ses lignes directrices afin de conserver une identité qui lui est propre. Le titre nous embarque dans une aventure à la progression constante et millimétrée, où la montée en puissance est palpable. En réussissant ainsi le mariage contre nature de la 2D et de la 3D, en associant les bonnes vieilles méthodes à des innovations bien senties, Shadow Complex parvient à procurer des sensations inédites.

Jules G.

4 commentaires sur “Postview Shadow Complex”
  1. spartan333No Gravatar

    Excellente Postview. Il est vrai que Shadow Complex est un très bon jeu, de plus à petit budget.

  2. HighBulletNo Gravatar
  3. NeodNo Gravatar

    il a intérêt a être immersif parce qu’il n’est vraiment pas poussé graphiquement :s c’est entre psp et ps2

  4. DudeNo Gravatar

    Depuis peu je suis sur Darwinia + très scotchant.

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