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NIFFF, le fffin du fin

Depuis quelques années, la santé culturelle d’une ville se mesure à la présence d’un IFFF en ses murs. Et à en croire les BIFFF, PIFFF, TIFFF, CIFFF, NYIFFF, GIFFF et consors, on pourrait croire que le monde se porte très bien. Les International Fantastic Film Festivals pullulent en suivant une direction similaire : tenter d’exhumer le meilleur de ce qui se fait en cinéma fantastique à travers le monde. Fort de ses 12 années d’existence, le NIFFF, qui se tient annuellement à Neuchâtel en Suisse se pose comme un des tous meilleurs du genre. Face à sa programmation pointue et éclectique, le festival propose aussi à ses spectateurs une sélection d’actualité qui allait cette année du Holy Motors de Léos Carax à Rec3. À côté de ça, entre une rétrospective consacrée à la Nikkatsu, au réalisateur fendard Jeff Lieberman (responsable du mythique Rayon Bleu) et un panel très exhaustif de films musicaux rock’n’roll – avec en prime une projection du Rocky Horror Picture Show organisée dans les règles de l’art – le NIFFF a cette particularité de s’intéresser de très près aux nouvelles technologies et leur intégration dans l’art et, évidemment, le cinéma.

DESSINE MOI LE FUTUR Pendant deux jours, conférences et débats proposent au public de rencontrer des intervenants issus des milieux de l’art, du jeu vidéo et des effets visuels. Loin d’être anecdotiques, les conférences Imaging The Future s’avèrent être aussi pointues que passionnantes. L’année dernière, celles-ci ont débouché sur un appel à projets de jeux vidéo qui sera réitéré l’année prochaine. Une initiative louable et légitime dans un festival consacré aux univers fantastiques dont beaucoup d’autres feraient bien de prendre de la graine tant elle prend bien en compte les mutations actuelles du cinéma qui reste le cœur du festival.

Une première journée consacrée aux jeux vidéo et à l’art permettait d’aborder de manière très convaincante les manières de dépasser la définition de ce qu’est un jeu telle qu’elle est proposée par le marché. Alternatives ludiques exploitant la technologie, la possibilité d’un non-jeu vidéo, l’intégration du ludique dans un cadre urbain, voilà quelques-unes des questions évoquées lors de cette première journée. Bien loin du ton professoral souvent rencontré lors de ce genre de conférences, les intervenants issus de différents milieux étaient – pour la grande majorité – éveillés, passionnants  et alimentant leur réflexion de références aussi étonnantes que Buckminster Fuller et Cedric Pryce (comme l’a fait le chercher espagnol José Luis de Vicente pour évoquer le jeu vidéo, big up). Un sans faute éditorial qui ne surprendrait pas dans le cadre d’une manifestation organisée par une institution culturelle spécialisée – encore que justement dans ce cadre, on aurait pu tomber dans le chiant total – mais totalement étonnante dans le cadre d’un festival de cinéma fantastique propre à fédérer des esprits parfois un peu… étroits. Quoi qu’à l’instar du NIFFF de nombreux IFFF commencent à ouvrir un peu leurs oeillères ?

POST-APO-PRODUCTION La journée du lendemain, axée sur le cinéma, permettait de faire un point pertinent sur l’importance croissante et l’intégration de la post production dans le cadre de la production-même d’un film. Passé par un état des lieux et vite fait sur la post-production digitale dans le cadre du cinéma d’arts martiaux actuel, on arrivait au gros morceau, l’après-midi consacrée à John Carter pendant laquelle les équipes des effets visuels d’un des fails de l’année  - auquel on ne peut pas retirer la qualité de ses effets - venaient décortiquer leur travail à grand coup de power point. Point de moquerie ici, ce qui en DVD apparaît d’une passionnante austérité accroche beaucoup plus en live que le film dont Eamonn Butler, Sue Rowe et Kevin Hahn étaient venus tour à tour évoquer les tenants. Imaginer un numéro de la mythique revue Cinefex interprétée en direct. Très inspirant. La journée se finissait avec une master class du légendaire Michael Fink qui du premier film Star Trek à Tree of Life  en passant par Blade Runner à Robocop 2 a traversé une grande partie de la très grande histoire des effets visuels. La question de savoir quand les effets spéciaux devenaient des effets visuels et la place du superviseur des effets visuels dans les génériques actuels allaient bon train dans les coulisses, et visiblement, les superviseurs en question sont particulièrement frondeurs en ce moment et si on les écoute, il se peut qu’ils réclament bientôt à ce que leur nom apparaisse avant celui du réalisateur. Artiste ou technicien, à notre avis tout ça est le fruit d’un gros problème d’ego. Affaire à suivre.

LES 4 FANTASTIQUES DE NEUCHATEL Face aux différentes conférences, on a essayé de suivre pendant deux jours la sélection ciné qui réquisitionne presque tous les cinémas de la ville dont un vieux temple dans lequel il était très ironique d’assister à certaines projections subversives parmi lesquelles celle de New Kids Nitro, qui restera pour les béotiens de la culture trash hollandaise que nous sommes, le grand œuvre WTF de cette sélection, du peu qu’on a pu en voir. Il faut imaginer les efforts réunis de tous les comiques trash pas drôles de la galaxie réunis en un film et s’imaginer dans une salle remplie de gens pliés en quatre devant une collection de gags indigestes où la bêtise crasse (qu’on aurait plutôt tendance à défendre par ailleurs) se tire la bourre avec la provocation adolescente la plus inoffensive. Hors de ma vue Michael Van Younen. Mort parce que bête, disait Nietschze. Les kids de New Kids Nitro – deux saisons et maintenant deux films au compteur – méritent largement leur épitaphe.  Tout comme Parker et Stone diront certains. Sauf que non, vraiment.

Passé ce gap culturel à la limite de l’infranchissable, ce qu’on a vu de la sélection marque un sans faute : Lovely Molly – le dernier opus d’Eduardo ‘Blair Witch’ Sanchez - est bien plus convaincant que son dernier film et fiche la trouille en exploitant des ressorts devenus classiques mais qu’il mâtine d’un malaise pathologique parfaitement bienvenu. The Incident, dernière née des réal' frenchies produits aux Etats-Unis marque l’entrée sur grand écran du clippeur Alexandre Courtès qui s’en sort haut la main avec un survival en mode asile d’aliénés malgré une fin brouillonne alors que Citadel, l’un des chouchous du public louchait méchamment du côté d’un Chris Cunningham en mode post-traumatique et que Resolution, nouveau fleuron de l’indie cinéma de genre semblait bien parti pour surfer sur la ligne dessinée cette année par Bellflower à base de bromance psychotronique, avec ses deux réalisateurs qui assuraient le spectacle en profitant du mieux qu’ils pouvaient de leur joie de se trouver dans un festival européen “plein de jolies filles et de bière”.

Alors que certains trouvent le charme de la Méditerranée à nul autre pareil, certains font bien, annuellement, d’aller voir du côté du Lac Léman où pendant 10 jours, on fête avec une passion communicative et beaucoup moins calmement qu’on pourrait le croire – quel plaisir de voir un public si réactif, WAKE UP le public de festival français, putain – le cinéma fantastique ne s’arrête pas qu’à la simple apparition d’un infecté ou d’un gros plan de mitaine en cuir. Le NIFFF n’est pas le seul à le revendiquer, mais il est ce qu’il y a de plus proche de nous à le faire aussi bien. Virgile Iscan 

NIFFF Palmarès 2012 -Prix H.R. Giger Narcisse du meilleur film & Mention spéciale du Jury Mad Movies & Méliès d'argent du meilleur long métrage européen :  CITADEL (Ciaran Foy) -Mention spéciale du jury international : VANISHING WAVES (Kristina Buozyté) -Prix du meilleur film asiatique : REMINGTON AND THE CURSE OF ZOMBADINGS (Jade Castro) -Prix de la Jeunesse Denis-de-Rougemont : THE BUTTERFLY ROOM (Jonathan Zarantonello) -Prix Mad Movies du film le plus Mad : RESOLUTION (Justin Benson & Aaron Moorhead) -Prix Titra Film & Prix RTS du public : GRABBERS (Jon Wright) -Prix H.R. Giger Narcisse du meilleur court métrage suisse & Prix Taurus Studio & Mélies d'argent du meilleur court métrage européen : ZIMMER 606 (Peter Volkart) -Prix Taurus Studio à l'innovation : MAGNETFELDER (Jan-Eric Mack)

           
STAFF
Force et Hodor

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