Les Super-Hérauts envahissent Toulouse


Non, il ne s’agit pas des affiches de Kick-Ass 2, ces tirages photos XXL qui ornent l’UGC Place Wilson à Toulouse, et une dizaine d’autres points stratégiques de la ville, sont la suite logique du travail réalisé par le photographe Pierre-Élie de Pibrac dont vous avez pu découvrir quelques images dans notre numéro actuellement en kiosques. Les “Super-Hérauts”, il les connaît sur le bout des doigts après avoir passé plus de deux mois et demi à parcourir les États-Unis à la rencontre de ces real life superheroes. Alors que le MAP 11, le Festival de la Photographie de Toulouse, lui offre les clés de la ville pour exposer ces super-héros du quotidien, Geek Le Mag revient sur ce périple états-unien en sa compagnie.

GEEK LE MAG : D’où vient cette fascination pour les USA ?
PIERRE-ÉLIE DE PIBRAC : Tout remonte à un premier voyage à New York, il y a 5 ans, alors que j’étais encore à la Fac. J’y ai pris quelques images avec un pauvre appareil numérique de base, mais j’étais satisfait du résultat, et je me suis permis d’envoyer une image au magazine Photo dans le cadre de leur concours amateur. À ma grande surprise, ma photo fut lauréate dans la section reportage. Et cela a conditionné toute la suite : mon souhait de faire de la photo, de repartir aux US. C’est un pays où tout est possible, avec une énergie incroyable et qui regorge de phénomènes qui émergent rapidement comme ces real life superheroes.

Mais avant de se pencher sur leur cas, tu as réalisé une première série intitulée American Showcase, littéralement “vitrine américaine”. Peux-tu revenir sur cet épisode ?
Tout est parti d’une citation de William Blake : “Si les portes de la perception étaient purifiées, tout à l’homme apparaîtrait en sa vérité, infini”. Ça a été le départ d’une réflexion basée sur la frontière entre le réel et l’imaginaire. Par le jeu des reflets de ces vitrines, le premier plan devient l’arrière plan. Cela permet une rencontre entre l’intérieur et l’extérieur. American Showcase était également doublée d’une seconde série de photos en surimpression. Il n’y a pas de Photoshop, tout est réel.

Tout est réel, comme les RLSH. Comment les as-tu découvert ?
Alors que je préparais American Showcase, je suis tombé par hasard total sur Zetaman. On a sympathisé et puis ensuite j’ai eu l’occasion d’aller sur son site, sa webtv, puis tout cela m’a amené vers le site reallifesuperhero.org qui regroupe une bonne partie de ces personnages. Je me suis demandé “pourquoi se déguiser ainsi pour faire des bonnes actions ?” et la réponse est venue de Zetaman : pour être vu et mettre l’objectif sur ces gens dans le besoin auxquels ils viennent en aide.

Quelle a été l’ampleur du projet en termes d’investissement, en temps, en déplacements ?
Au départ, j’avais prévu 18 rencontres avec des RLSH à travers les États-Unis, mais au final le chiffre s’est transformé en 32 rendez-vous, après deux mois et demi sur les routes avec mon amie. On a visité 14 villes pour les rencontres à proprement dit, mais au total c’est une trentaine de villes que nous avons parcourue.

Entrer en contact avec eux, c’est une chose, mais se faire accepter en est une autre. Comment t’ont-ils ouvert leurs portes ?
C’est grâce à Zetaman dans un premier temps, qui a eu confiance en moi et il joue -même s’il s’en défend- un rôle d’autorité morale parmi la communauté RLSH. Puis c’est la rencontre avec le héros Life sur la côte Est qui m’a ouvert de nombreuses portes également. Je suis arrivé au bon moment en quelque sorte puisque le mouvement décollait vraiment.

En lisant les présentations des héros sur RLSH.fr, tous semblent avoir vécu de gros traumatismes : familiaux, économiques, agression… C’est un trait commun aux RLSH ?
C’est vrai que certains comme Hellhound sont devenus RLSH à la suite de la mort de ses parents ou encore Zetaman qui ne pouvant avoir d’enfants a choisi de s’investir dans cette mission pour aider les autres. Tous ont une bonne raison d’avoir franchi le pas.

Tu as eu le temps de les voir à l’œuvre, avec et sans le costume : se sentent-ils investis par leur accoutrement, au dessus des lois, ou ce sont des bénévoles comme les autres, mais déguisés ?
Comme disait Zetaman, c’est le personnage qui donne la force de faire ces actions. Ensuite, certains dévient et penchent dans la violence et c’est d’ailleurs pour cela que Life a rédigé une sorte de charte éthique des RLSH. D’ailleurs il prodigue également des conseils pour confectionner les costumes, organise des tables rondes pour faire connaître leurs actions au public. Mais pour revenir sur le problème de la violence, il est vrai que certains “poussent au crime”, par exemple en déposant des billets verts au sol pour provoquer d’éventuels voleurs et déclencher des altercations. Il y a vraiment eu un après Kick-Ass à ce sujet. Le film a donné un nouveau relief au phénomène, certains se sont mis en tête d’arrêter des mafieux et de se faire filmer lors de leurs actes, comme Phoenix Jones. Tout cela pour impressionner la galerie et se faire valoir.

Les RLSH sont-ils exportables en France ?
A priori, ils existent déjà. Un groupe qui se fait nommer les Défenseurs de la France est entré en contact avec moi, ainsi que d’autres RLSH isolés. Ils ont même un groupe sur Facebook !

Pour revenir à l’exposition toulousaine au MAP, comment a-t-il été possible de convaincre la ville d’être envahie par ces super-héros géants ?
C’est l’organisation du MAP qui m’a donné carte blanche mais cela n’a pas été simple à mettre en œuvre pour autant. Ces formats géants ont entraîné de nombreuses contraintes techniques, il a fallu faire appel à des grues, faire intervenir des alpinistes pour les accrocher ou encore réaliser des châssis qui n’étaient pas prévus initialement, prendre en compte la prise au vent selon les sites… Et puis, il y eut aussi des contraintes d’autorisations. Au final nous avons perdu 4 sites sur les 15 prévus. Il reste donc 11 tirages géants, dont le plus grand fait 12 m de large, plus une vingtaine de taille plus raisonnable (70 cm) sur la Place Saint-Georges au centre ville, ainsi qu’une quarantaine de gabarit plus modeste, dispersés dans la ville et arborant ce message : “En chacun de nous sommeille un héros”.

MAP
Du 1er au 31 mai
Toulouse (31)

map-photo.fr
www.pierreeliedepibrac.com
www.rlsh.fr

 

 

 

 

 

4 commentaires sur “Les Super-Hérauts envahissent Toulouse”
  1. Interview sur Geeklemag.com | Les Frontières de la Perception

    [...] Inteview à propos des RLSH sur Geeklemag.com [...]

  2. SanderNo Gravatar

    Je les ai vu devant l’UGC hier après midi! j’ai pu me la jouer devant ma copine et sa sœur en leur expliquant d’où ça sortait XD ça interpelle les gens en tout cas c’est sympa!

  3. Quelques liens vers des articles sur le net à propos de l’expo à Toulouse | Les Frontières de la Perception
  4. episode gtoNo Gravatar

    Simpa la decoration de la ville

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