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Les Seigneurs d'Outre Monde : 280 bénévoles héroïques pour un film fantastique

  • 24 mai 2016 09:41:22
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  • Michael Ducousso
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  • Cinéma

Après 8 ans de travail, le film d'heroic fantasy 100% "made in France" débarque enfin sur grand écran.

"C'est la fin du Festival de Cannes et on fait une super clôture !" On ne peut pas vraiment donner tort à l'acteur Patrick O'blin : dimanche 22 mai, la fin du Festival du cinéma coïncidait avec la première exceptionnelle du film Les Seigneurs d'Outre-Monde, dans lequel il interprète un mage du monde d'Eravys. Le seul souci c'est que le film était présenté au Gaumont Aquaboulevard de Paris. Pas vraiment à côté de la Croisette. Pourtant, le long-métrage d'héroic fantasy est sans doute le projet cinématographique le plus ambitieux à avoir vu le jour ces dernières années.

Parce que sur le tapis rouge, on n'en a pas vu beaucoup des réalisateurs, même parmi les plus "bankables", nous parler de projets fous ayant mobilisé plus de 280 bénévoles pendant 8 ans. Alors que dans la salle de cinéma parisienne, les 400 spectateurs ont pu découvrir l'incroyable aventure menée par un réalisateur passionné et toute l'équipe qui lui a fait confiance pour réussir l'impossible.

La communauté d'Outre Monde

Et l'impossible, ça a commencé en 2006, à la sortie d'une séance d'Eragon lorsque Rémi Hoffmann, le futur réalisateur a sorti à Fenriss, futur co-scénariste : "Et si on faisait le nôtre ?" Une simple boutade qui s'est transformée en défi inédit : faire un film d'héroic fantasy en France. Il faut reconnaître que ce n'est pas vraiment courant dans l'Hexagone. Soit les studios sont trop frileux, soit les réalisateurs ne se rendent pas compte des attentes du public... "On savait qu'en France c'était compliqué de faire un long-métrage de genre et on savait que les banques ne voudraient pas nous prêter l'argent", résume Rémi Hoffmann. "Mais on savait qu'il y avait plein de personnes qui pouvaient le faire et qu'il y avait la demande. On allait donc palier le manque d'argent par le temps qu'on pouvait y passer en tant que structure associative. En s'appuyant sur l'association Ere-2 grâce à laquelle ils avaient déjà produit le fan film L'ordre Sith, les deux geeks, monteurs dans l'audiovisuel, ont commencé à tourner.

D'abord, ils ont recruté leurs amis, puis les amis de leurs amis et ainsi de suite. "S'il y a eu de plus en plus de monde, c'est que les gens disaient : 'Vas-y, tu seras bénévoles, mais tu passeras un bon week-end'", se souvient Jonathan Durieux, en rigolant, huit ans après avoir commencé à incarner le personnage principal du film : le prince Jarwin de Kalmeril. Nobles, maîtres d'armes ou roturiers, jeunes comédiens professionnels, graphistes ou amateurs de GN, ils se sont tous retrouvés liés par cette quête cinématographique : "C'est l'esprit de partage qui nous a réunis autour des Seigneurs de l'Outre-Monde", assure le chevalier Ronan, plus communément appelé Christophe, un père de famille fan d'escrime médiévale. "Il y a une fusion qui s'est faite et on a tous apportés nos passions dans ce film."

De 2008 à 2012, l'équipe a fait le gros des tournages, en s'appuyant sur un noyau dur de professionnels du spectacle et en s'adjoignant les services d'amateurs passionnés. "On tournait une ou deux fois par mois, quand on pouvait avoir les lieux et les gens de libre", raconte le réalisateur. A chaque fois, la troupe se déplaçait pour les tournages, à la tour César de Provins, dans les caves Saint Sabin ou à la cathédrale Notre-Dame d'Evreux, chacun assumant ses propres frais. Un système qui avait malgré tout ses limites.

Un film pas comme les autres

Fin 2013, la suite des opérations a fini par rappeler les Seigneurs d'Outre-Monde à l'ordre : pour continuer, ils allaient avoir besoin de pièces sonnantes et trébuchantes. Grâce à un appel au crowdfounding via My Major Company, ils ont trouvé mieux – même si récolter 35 000 euros, c'est déjà beaucoup : ils ont trouvé des soutiens. Non seulement, ils ont pu constater qu'une vraie communauté de fans attendait la sortie de leur film et était prête à payer en amont pour cela, mais ils ont aussi attiré l'attention de structures comme Nolife et Dailymotion qui leur ont apporté une aide technique et de la visibilité. Tout ce qui leur fallait pour mener à terme le projet. Trois ans et 600 plans truqués plus tard, le résultat est là : un véritable film d'héroic fantasy made in France projeté au cinéma et une communauté éternellement liée.

"C'est un film qui n'est pas fait comme les autres films, donc vous verrez beaucoup de petits défauts", concède Rémi Hoffmann. "Mais il a aussi des qualités". Les principales étant d'avoir donné l'exemple aux studios et fait renaître l'espoir chez les fans du genre. A partir d'aujourd'hui Les Seigneurs d'Outre-Monde va entamer une tournée de salons en salons, de projection privée en projection privée, pour être montré au plus grand nombre. "On sait qu'on ne va pas rentrer dans nos frais, on l'a fait surtout pour le plaisir", explique le réalisateur, "mais on a créé une base, une communauté. On peut aller voir les studios et dire : 'Regardez ce qui a été fait avec rien, imaginez ce qu'on peut faire avec un peu de moyens." Un discours qui en a déjà fait réfléchir quelques-uns. Les éditions Michel Lafon ont ainsi commandé un préquel, sous forme de livre numérique écrit par Fenriss qui paraîtra le mois prochain. Et puis, bien sûr, il y a la tentation du numéro deux. Car comme le racontent les bardes d'Eravys : "Il manque parfois le dernier chapitre aux vieilles légendes".

Michael Ducousso

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