Jour J : un what if, what else ?
09.04.10 _ par Geek Staff / catégorie: Page Flip, Review
-“Un minuscule caillou pour la galaxie. (…) Un putain d’énorme rocher pour le programme Apollo.” © Delcourt
Surexploité depuis quelques années, le principe narratif de l’uchronie n’en finit pourtant pas de nous séduire. Faut dire qu’on est bons clients. Dernière BD en date, Jour J chez Delcourt nous joue un “what if ?” politico-spatial dirigé par Fred Duval à l’écriture (connu pour son travail sur ce même label Série B, dirigé par Olivier Vatine & Fred Blanchard, dont ce dernier signe la couverture de Jour J). Duval fait d’ailleurs également dans l’uchronial ce même mois avec Nico (Dargaud). Le co-scénariste n’est autre que Jean-Pierre Pécau, ancienne plume de Casus Belli, révélé par sa série Arcanes. Enfin au dessin, Buchet, qu’on ne présente plus, grâce à son best-seller Sillage en compagnie de JD Morvan.
Le pitch ? Septembre 1969, après l’échec d’Apollo 11, l’URSS a gagné la course à la Lune contre les États- Unis, et le président Nixon furieux fait installer par la NASA une base permanente sur la Lune. Dix ans plus tard, comment vit-on la cohabitation on the moon ?
Les présentations sont faites, trêve de politesses : que vaut ce D-Day français ?
Vodka russe vs herbe yankee
Évidemment, on en revient toujours à évoquer Watchmen dans l’appréhension de la Guerre froide et de sa tension liée à un possible conflit nucléaire, surtout quand Brejnev lance à Jimmy Carter à l’autre bout du téléphone rouge : “10 minutes avant l’Apocalypse, Jimmy !” Mais on est ici bien dans l’ultra-réalisme, avec un respect scrupuleux de l’Histoire avec un grand H (quand bien même elle est détournée par l’uchronie), de ses personnages, des décors, etc. Ça n’en fait pas forcément une bonne BD, me direz-vous, et difficile d’en révéler beaucoup plus sur les ressorts du scénario sans spoiler méchamment, mais sachez que le double niveau de récit, avec en haut les “lunaires” et en bas les “lunatics” politiques sur Terre, alimente avec succès la trame de ce Jour J. Sans mauvais jeu de mot, et pour reprendre le nom du label, Jour J premier du nom est une honnête série B, dont on attend avec impatience les prochains tomes : Paris en secteur soviétique, l’assassinat de Kennedy revisité, septembre rouge à Paris après la capitulation des Français ou inversement, octobre noir avec les anarchistes français au cœur de la révolution russe… Tout un programme !
Quant à la forme de ce tome 1, il faut avouer que l’ultra-découpage des planches provoque un sentiment de claustrophobie qui n’est pas sans rappeler le sentiment de promiscuité à l’intérieur de ces bases lunaires confinées. Le revers de la médaille dans cette avalanche de cases est que les dialogues sont “trop” présents et surtout sur-explicites. Un usage un peu plus appuyé de l’ellipse, nous aurait laissé davantage faire appel à notre imagination. Ici, tout est dit et montré, et ce n’est pas forcément un bon point. Faire passer davantage de discours dans l’image aurait sûrement ajouté en suspense à ce Jour J.
D.B.
Note : 68 %
Comme Stanley Kubrick que l’on aperçoit devant son poste télé en forme de monolithe, on regrettera d’être uniquement spectateur du récit, sur-guidé par les dialogues.



Dans le même registre “what if ?”, on vous conseille également la lecture du Superman Red Son, dans lequel supermec change de camp et devient le héraut des cocos. Un petit rappel des faits sur le blog d’un “collègue”, Neault d’Univers Marvel :
http://comicsmarvel.blogspot.com/2010/04/superman-red-son-supes-chez-les-soviets.html
Et vous avez quoi d’autre à nous conseiller en littérature ou en B.D. concernant les uchronies et what if ?
Du bon du lourd, qui fonctionne bien !
Un article dans le magazine ou sur le blog ce serait pas de refus ! Merci.
Vos désirs sont des ordres. : )