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Interview de Mehdi El Kanafi, co-fondateur de Third Editions

Cette semaine, dans toutes les bonnes librairies sort le "mook" (mi-magazine mi-book) Level Up de chez Third Editions, la maison d'édition à qui l'on doit, entre autres, Resident Evil - Des zombies et des hommes dont nous vous avions parlé dans un récent Geek Club.

Nous avons donc profité de cette sortie pour poser des questions à Medhi El Kanafi, l'un de co-fondateurs de Third Editions, sur leur façon de concevoir les livres qui parlent du Jeu Vidéo et leurs projets à venir.

  • Racontez-moi un peu l’histoire de Third Edition ?

A la base, avec Nicolas Courcier (l’autre fondateur), on est fan de papier autant que de jeux vidéo. Depuis tout petit on lisait plus les magazines sur les jeux que ce qu’on jouait. A 6 ans tu n’as pas forcément l’argent d’acheter tous les jeux donc on y jouait par procuration grâce aux magazines.

Vers 20 ans on a monté un fanzine distribué seulement dans la région toulousaine. Grâce à ça, on a appris à maquetter et à écrire.

Comme la presse spécialisée était un peu moribonde à l’époque, on avait envie d’aller plus loin et de monter notre maison d’édition. Ça correspondait en plus au moment où Pix’n’Love a été créé. Donc on a monté un site internet pour continuer à écrire pendant nos études. En sortant de celles-ci, on lance enfin notre maison d’édition, Console Syndrome.

On a fait ça pendant 1 an, on a sorti 3 livres, Zelda, Assassin’s Creed et un mook sur les jeux dématérialisés qui s’appelait Download. Les deux premiers ont vraiment bien marché et on était en complémentarité avec Pix'n'Love, parce qu’ils étaient très rétro et axés sur l’histoire alors qu’on a une approche plus contemporaine et plus analytique. En plus, on voulait parler des nouvelles sagas et analyser les jeux sans avoir forcément accès aux développeurs.

Après Pix’n’Love a proposé de nous racheter. On est donc devenue directeurs éditorial du pôle Pix Toulouse. On avait une liberté éditoriale totale.

Mais au bout de 3 ans, on a eu envie de redevenir indépendants. On est revenue à l’état initial où on était complémentaire, Pix’n’Love continue de nous distribuer.

Et donc pourquoi Third, c’est parce que c’est notre 3eme maison d’édition. En plus, c’est l’année de nos 30 ans, donc il y a une petite symbolique.

  • Quel est le processus de création d’un livre? Est-ce qu’au départ des auteurs viennent vous proposer des projets ou à l’inverse vous avez un pool d’auteurs à qui vous proposez les projets ?

Les deux cas de figure se présentent même si la plupart du temps, c’est nous qui mandatons. On essaye de coller la plupart du temps à l’actualité, comme pour Resident Evil, avec la sortie du remake du Rebirth et le Revelation 2. On essaye de trouver des spécialistes pour un sujet donné et pour sortir le livre quand il y a une vague d’actualité qui va porter le livre au niveau de la communication.

Ça arrive aussi qu’on ait des auteurs qui nous apportent des projets mais c’est rare.

Donc oui, on a un pool d’auteurs dont on apprécie le travail, (pour la plupart transfuge de Pix Toulouse) mais on essaye de les prendre là où ils sont le meilleur. Et c’est gratifiant aussi de trouver un auteur qui n'est pas trop connu ou qui écrit dans un blog et qui n’est pas forcément porter au nu et lui donner l’occasion de s’exprimer dans l’objet noble qu’est le livre même si dans un blog, les gens sont beaucoup plus lus, il ne faut pas se leurrer. Par exemple, pour le prochain livre sur Dark Souls, c’est Sylvain Romieu, une référence, qui a écrit toute la partie « univers », même s’il a un blog avec plus de visibilité que nous. Donc nous leur apportons un cadre éditorial pour sublimer leur travail.

L’important pour nous, c’est que chaque livre soit articulé autour de trois piliers : la création, l’univers et le décryptage.

  • Restons sur la composition de vos livres, puisque, chose assez rare dans ce type d’ouvrage, il n’y a aucune photo, image à l’intérieur. Est-ce un choix éditorial de votre part ou bien est-ce une obligation (droit d'auteur, ...) ?

S'il n'y a pas d'illustration dans nos ouvrages, c'est bien pour des raisons légales, de droit à l'image. Néanmoins, c'est aussi à présent un choix éditorial, car si nous n'avons aucun lien avec les éditeurs de jeux, ça nous permet d'avoir une totale liberté de propos. Nous pouvons ainsi écrire ce que l'on souhaite des séries. Ce qui ne veut pas dire qu'un livre sous licence sera forcément un livre partisan, nous avons à ce titre réalisé des ouvrages sur les licences Rayman, Assassin's Creed et Devil May Cry sans aucune censure. Cependant, nous avons dû présenter le contenu du livre avant son impression.

  • J’ai pu remarquer que, même si vous parliez de différents types de jeu, il y a un qui revient très souvent : le RPG. C’est quelque chose qui vous rassemble au sein de Third ?

C’est absolument pas un hasard puisque c’est mon genre préféré et notamment les JRPG. Donc pour la première année, on a voulu insister sur ce qui nous caractérisait et se différencier de Pix’n’Love. Et ce qui nous caractérise c’est les grandes sagas et les RPG. Et d’ailleurs Level Up, est un peu un caprice de ma part, je voulais vraiment que ce mook existe parce que c’est carrément un rêve de gosse. Et j’espère que ça fera écho chez les gens. On aimerait en faire 2 ou 3 par an. C’est que des papiers de fond avec des angles précis, y’a pas de news, pas d’actualité, pas de previews, c’est vraiment un traitement de fond. Donc oui, le RPG c’est vraiment quelque chose qu’on veut mettre en avant de façon appuyée.

  • J’ai remarqué également, au travers de vos livres, un très fort intérêt vis-à-vis du lien qui relie Jeu Vidéo et Cinéma ainsi que celui qui le relie à la Musique. Est-ce que c’est quelque chose que vous aimeriez explorer dans un livre thématique ?

Pour le cinéma, il y a une de nos connaissances, Alexis Blanchet, qui est chercheur en cinéma et qui a écrit un livre chez Pix’n’Love qui s’appelle Pixel à Hollywood qui est un super bouquin donc ça serait très compliqué de faire mieux. Il y a évidemment d’autres portes ouvertes pour parler de ce lien entre les deux médias et on y pense.

Pour ce qui est de la musique, on l’a fait l’année dernière chez Pix. Le premier s’appelait OST, c’était une sélection de 100 OST avec une analyse et des conseils d’écoute et le deuxième VGM (Vidéo Game Musique) qui était une analyse sur 300 pages de l’évolution de la musique dans le Jeu Vidéo. Chez nous rien de prévu pour le moment, mais c’est vrai que c’est évident pour nous de créer des passerelles entre les médias.

  • Vous attendiez vous à voir certains de vos anciens livres (Final Fantasy VII, VIII, Zelda, Bioshock, …) devenir des objets de collection ?

Depuis le début, on s’est toujours attaché à faire des produits de qualité, des livres-objets, pour que les gens prennent du plaisir déjà dans l’achat du produit. On sait qu’il y a beaucoup de nos lecteurs qui achètent le livre et qui ne le lisent pas, juste parce qu’il le trouve beau ou qu’ils veulent l’ajouter à leur collection. Après que les livres en rupture de stock se vendent à des prix complètement déments, ça, on ne s’y attendait pas du tout.

Chez Third, à la demande des lecteurs, on a créé une gamme collector, les first print, qui est un tirage limité, qu’on ne réimprimera jamais, avec une couverture variant, une jaquette et une lithographie, à seulement 5€ de plus. C’est quelque chose qu’on a créé vraiment pour faire plaisir à nos lecteurs.

  • Et justement, est-ce que vous avez prévu de rééditer ces premiers ouvrages ?

Effectivement, on les réimprimera petit à petit. Mais quitte à les refaire, on veut apporter une plus-value à nos lecteurs, c’est pour ça qu’on veut les remettre au goût du jour. Pour celui sur Zelda, par exemple, on va attendre que le Zelda Wii U soit sorti pour intégrer tous les jeux dont on n’avait pas parlé dans le précédent, pareil pour Metal Gear. Mais dans cette démarche, on ne cherche pas à le faire racheter à ceux qui l’ont déjà mais le rendre accessible à ceux qui ne l’ont pas lu.

  • Vous parlez la plupart du temps de sagas qui ont traversé l’histoire du jeu vidéo (Final Fantasy, Zelda, MGS, Resident Evil, …). Quel regard portez-vous sur ces sagas aujourd’hui et sur les changements inévitables qu’elles ont du subir ?

C’est tout con mais les grandes sagas suivent l’évolution du Jeu Vidéo, peut-être de trop près. Zelda, a adapté son mode de jeu à l’arrivée du motion gaming et on sent que sur le dernier c’est un peu forcé. Resident Evil est devenu de plus en plus action. Pour le 6, ils ont fait un jeu extrêmement long, extrêmement généreux, en conséquence du marché et en réponse à cette politique du DLC. Un jeu encore plus action qui n’a pas plu à tout le monde. Il doit y avoir quelques contre-exemples mais pas dans les sagas dont on a parlé.

  • La prochaine sortie prévue est Dark Souls et pour la suite, qu’est ce que vous nous réservez ?

Là on attaque le retrogaming mais de façon différente de Pix. On veut apporter notre patte et notamment avec notre côté analytique, prise de recul sur l’industrie et donc là en Juin on va sortir un livre qui s’appelle, L’année du Jeu Vidéo dont le premier numéro s’attachera à l’année 1998, qui pour nous est l’une des plus grandes années du Jeu Vidéo. Donc on analyse 1998 avec le recul d’aujourd’hui, les répercussions, l’évolution des grandes sagas de cette année, des interviews, des anecdotes, … Et on fera un numéro par an.

Pour la suite, on va continuer nos grandes sagas. On a dans l’idée de s’attaquer prochainement à Silent Hill, pas forcément cette année mais on y pense.

  • Pour finir, le dernier jeu qui vous ait mis une claque ?

Clairement… Bloodborne ! Il a une profondeur, c’est l’évolution logique de Dark Souls, je pourrais en parler des heures, je le trouve exceptionnel. Je trouve la démarche de From Software , de casser tous les codes du Jeu Vidéo, excellente. Le jeu n’est pas spécialement dur mais il faut oublier tout son passif de joueur pour en profiter pleinement. Et c’est d’autant plus vrai avec Bloodborne qui est plus vif et nerveux et s’apparente plus à un beat them all.

Même si on n’est qu’en Mars, c’est pour moi le jeu de l’année. En plus tous les gros titres de l’année ont été reportés à l’année prochaine.

N'hésitez pas à faire un tour sur leur site : thirdeditions.com ainsi que sur leurs comptes Facebook et Twitter pour suivre leur actualité.

STAFF
Notre peuple vaincra

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